Paracha « Toldot » – Les choses cachées
Rav Adiria Pinchas
Dans la paracha « Toldot » est rapporté l'enchaînement des événements qui menèrent à la bénédiction donnée par Its'hak Avinou à Yaakov Avinou — et tout cela se déroula au cours d'une seule et unique journée[1]. D'abord, Its'hak Avinou demanda à Essav de lui apporter des mets savoureux, afin de le bénir ensuite, avant sa mort. Rivka l'entendit, et pressa Yaakov de se hâter d'apporter des mets à Its'hak, avant qu'Essav n'arrive, afin d'être ainsi béni par son père. Et à l'instant même où Yaakov Avinou sortit de la tente de son père, Essav arriva.
L'impression première, à la lecture de ce récit, est que tous ces événements se sont déroulés avec rapidité et précipitation.
Mais si nous examinons bien, nous trouverons que Yaakov et Essav avaient 63 ans au moment de la bénédiction[2], et qu'Its'hak Avinou avait 123 ans. Or, au total, Its'hak Avinou vécut 180 ans. Pourquoi donc Its'hak Avinou s'est-il hâté de bénir ses fils si longtemps avant sa mort ?!
L'une des explications est que la bénédiction eut lieu, certes, longtemps avant la mort d'Its'hak Avinou, mais Its'hak Avinou ne savait pas quand tomberait le jour de sa mort. C'est pourquoi, lorsqu'il approcha de l'âge qu'avait atteint sa mère Sarah (127 ans), il se hâta de bénir ses fils[3].
Nos Sages ont dit que plusieurs choses sont cachées aux hommes, et l'une d'elles est le jour de la mort — et cela pour le bien du monde[4]. Si l'homme savait quel est le jour de sa mort, il s'affligerait d'inquiétude ; il négligerait aussi de faire téchouva jusqu'à l'approche du jour de sa mort, et il calculerait quand œuvrer à l'édification du monde et quand ne pas le faire. Au lieu d'agir dans le monde, il serait en quelque sorte un spectateur passif, se tenant sur le côté, ou quelqu'un qui n'agit que partiellement. Mais lorsque l'homme ne sait pas quel est le jour de sa mort, il a la possibilité d'agir de toutes ses forces, et de changer sa réalité et celle du monde.
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Une autre chose cachée à l'homme est la profondeur du jugement (din).
Dans le livre « Ben Yehoyada »[5], il est expliqué qu'il s'agit des souffrances (le jugement) qui viennent sur l'homme en ce monde : l'homme doit penser que d'elles naîtra pour lui un grand bien, même si, sous ses yeux, il ne voit à présent que du mal. Et il y a à cela une allusion dans les lettres du mot DIN, lorsqu'on les écrit en toutes lettres : dalet, youd, noun. Les lettres qui complètent l'épellation forment le mot « noladot » (« ce qui en naîtra ») : c'est-à-dire qu'il faut regarder dans la profondeur du jugement et des souffrances — qu'en naîtra-t-il ? Un grand bien. Et la profondeur du jugement est dissimulée à l'homme : quel bien germera pour lui de ce mal, de quelle manière, en quel domaine et quand.
Ce voile, et ce que l'homme ne sait pas, laissent place à la foi et à la confiance de l'homme, qui peuvent ainsi croître et se développer — et il y aura par là une réparation pour l'homme et pour le monde. Ces choses qui sont cachées à l'homme sont révélées devant le Créateur du monde ; c'est pourquoi nous devons avoir confiance dans le Créateur du monde, qui nous dirigera, nous et le monde, vers le bien et vers la vérité.
[1] Béréchit chapitre 27.
[2] Traité Meguila, page 17a.
[3] Commentaire de Rachi sur Béréchit chapitre 27, verset 2.
[4] Midrach Béréchit Rabba 65,12, et dans le commentaire Ets Yossef.
[5] Sur le traité Pessa'him, page 54b, s.v. « la profondeur du jugement ».